Après l'été, la rentrée pour les
"petits ânes que nous sommes tous"…
Juillet : Douze jours en Terre Sainte avec quarante diocésains ! Pèlerinage passionnant à tous points de vue. Mais pourquoi cette guerre ? Elle a bousculé en partie notre itinéraire, mais cela n'est pas grave. En revanche, elle n'a fait qu'attiser les haines réciproques et les désirs de vengeance. Elle n'a réussi qu'à multiplier le nombre toujours trop grand des ennemis et à reculer les chances d'une paix juste. Nous sommes loin, malheureusement très loin, des paroles prononcées par Yitzahk Rabin en septembre 1993 à la Maison Blanche, devant les présidents Clinton et Arafat : "… Laissez-moi vous dire, Palestiniens, nous sommes destinés à vivre ensemble sur le même sol de la même terre… Nous vous disons aujourd'hui, d'une voix forte et claire : « Assez de sang et assez de larmes, assez ! » Nous n’avons aucun désir de vengeance, nous ne nourrissons aucune haine envers vous… Nous souhaitons ouvrir un nouveau chapitre dans le douloureux livre de nos vies communes, un chapitre de reconnaissance mutuelle, de bon voisinage, de respect mutuel, de compréhension…". Comment oublier enfin la remarque de Jean-Paul II : "Cette terre a plus besoin de ponts que de mur".
Août : Six jours à Lourdes avec 2500 diocésains ! Journées de grâce pour les malades et les hospitaliers, les amis du Petit train de l'amitié [1] et leurs accompagnateurs, les 120 hôtes de la Cité Saint-Pierre qui nous ont si bien accueillis pour la messe dans la cathédrale de verdure, les enfants, les jeunes de Marthe et Marie, les servants d'autel, sans oublier bien sûr la grande famille des pèlerins de toutes nos paroisses. "Tenez vos lampes allumées" était le thème de cette année : de quoi nous appeler à deux vigilances : la première, protéger la flamme fragile de tous les courant d'air ! La seconde, veiller à la réserve d'huile ! "Que celui qui a des oreilles, qu'il entende" !
Septembre : J'ai promis aux pèlerins de Lourdes que je donnerais à Église de Cambrai le texte suivant : je n'en connais pas l'auteur, mais il dit à quel point le Seigneur a besoin, en ce temps de rentrée, des petits ânes que nous sommes tous, moi compris, bien sûr !
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Quelle aventure pour moi !
J'ai porté Dieu.
J'ai entendu de loin :
« Le Seigneur en a besoin »
Et voilà qu’autour de moi
tout le monde s’est agité.
Les gens se sont mis à chanter :
« Hosanna ! Hosanna ! »
Et j’ai porté Dieu.
J’avais bien entendu dire
que Dieu avait besoin
des hommes,
mais avait-Il vraiment
besoin d’un âne ?
Et pourtant, j’ai entendu :
« Le Seigneur en a besoin. »
Et toutes sortes de pensées
ont surgi en moi,
les mêmes qui viennent
à l’esprit des hommes
quand ils se sentent repérés
par le Seigneur.
Je pensais :
ce n’est pas à moi qu’Il s’adresse.
Il y a bien d’autres ânes
plus grands, plus forts.
Il y a même des chevaux :
ce serait tout de même mieux
pour porter Dieu.
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Je me disais :
Il va être lourd, trop lourd
ce Dieu
pour un petit âne.
J’ai déjà bien assez
des fardeaux quotidiens.
Pourquoi ne me laisse-t-Il pas
tranquille ?
Je m’insurgeais :
d’accord, je suis attaché !
Mais au moins je suis à l’ombre,
à l’abri des coups et des moqueries.
Je n’ai rien demandé.
Qui est-Il, ce Seigneur,
pour importuner
ceux qui tentent de vivre cachés ?
Mais j’avais entendu
« Le Seigneur en a besoin »
et j’avais compris
« J’ai besoin de toi ».
Que faire ? Que dire ?
Je me suis laissé détacher,
je me suis laissé emmener.
Et Lui, le Seigneur des Seigneurs,
s’est fait léger, doux, tendre,
à ce point qu’à un moment
j’ai pu croire
que ce n’était plus moi
qui portais Dieu
mais Lui qui me portait.
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X François GARNIER
Archevêque de Cambrai
[1] Connaissant un handicap mental.