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Edito du 16 avril 2009

La barque n’a pas fini d’être secouée !

Ça n’est pas forcément mauvais signe !

Pâques 2009

 

     Le jour des Rameaux, nous avons évoqué la foule qui acclame bruyamment le Fils de David. Cette foule, versatile comme toutes les foules, hurlera vite en réclamant sa mort.

 

     Ma prière pour nous tous aujourd’hui est très simple : que nous demeurions plus que jamais de ceux et celles qui l’acclament ! Que nous ne soyons jamais de ceux et celles qui l’abandonnent !

 

 

     Pourquoi ? Tout simplement parce que nous l’aimons. Tout simplement parce qu’il est, reste et restera pour nous l’Unique Seigneur de nos vies et l’Unique Sauveur de la mort ; nous l’acclamons parce qu’il a traversé dans la sainteté la plus parfaite toutes les épreuves imaginables : l’abandon, les jugements truqués, la trahison, le reniement, les moqueries, les insultes et la torture à petit feu… ; il traverse tout cela dans la confiance en son Père et dans la miséricorde pour ceux qui le tuent : là est la majesté de son amour. Ce faisant, il ouvre le chemin de sa Résurrection et de la nôtre.

 

 

     Si nous l’aimons, il faut bien reconnaître que le suivre n’est pas de tout repos, surtout aux heures où les épreuves tombent sur son épouse, l’Église.

 

     Dans la très belle lettre que le Cardinal Schönborn, archevêque de Vienne en Autriche, vient d’adresser aux fidèles et aux prêtres de son diocèse, je lis ceci : « Depuis deux mois, l’Église est au cœur des emballements médiatiques… Ce qui se passe suscite perplexité, tristesse, indignation, incompréhension. Une fois encore, l’Église passe pour une idiote et nous avec elle. Une fois encore, on se demande : faut-il vraiment qu’il en soit ainsi ? A-t-on mérité cela ? Rien ne nous sera donc épargné ? … » Oh oui, nous avons bien des raisons de souffrir pour l’Église que nous aimons.

 

n   Moqués, meurtris, humiliés, nous l’avons été par les affirmations insupportables de Monseigneur Williamson, niant l’évidence monstrueuse de la Shoah.

 

n   Moqués, meurtris, humiliés, nous l’avons été et le restons par les divisions crispées entre disciples du même Christ, et cela malgré les bras ouverts du Saint Père à nos frères intégristes.

 

n   Moqués, meurtris, humiliés, nous l’avons été par l’excommunication prononcée par l’évêque de Recife (Brésil) à l’égard de la maman qui décide avec son médecin l’avortement pour sa petite fille de neuf ans, violée depuis trois ans, enceinte de jumeaux…[1]

 

n   Moqués, meurtris, humiliés, nous l’avons été par la récente polémique autour de la demi-phrase du pape Benoît XVI à propos de l’éradication du Sida en Afrique, phrase savamment sortie de son contexte, phrase mutilée qui, du coup, perd son sens.

 

     Nous sommes blessés par cette déferlante médiatique qui occulte la sainteté quotidienne et silencieuse d’un très grand nombre de baptisés, serviteurs infatigables des personnes malades et handicapées, des chômeurs, des immigrés…

 

     Nous sommes blessés par cette déferlante médiatique qui occulte la fidélité généreuse et patiente des serviteurs ordonnés que nous essayons d’être, râleurs souvent, mais finalement si bons fantassins !

 

     Nous sommes blessés par cette déferlante médiatique qui, pour beaucoup et à jamais, caricature le pape Benoît XVI, blesse la confiance que nous lui devons et cache soigneusement la richesse de tous les appels évangéliques qu’il lance à temps et à contretemps.

 

 

Alors l’Église ?

 

n   Elle est et demeure la Sainte Église des pécheurs que nous sommes tous ; y compris le pape, faillible lui aussi !

 

n   Elle est et demeure la Mère qui nous a donné et nous donne le meilleur de nous-mêmes : l’Évangile, les rencontres du Christ que sont les sacrements, l’appel à faire nôtres les deux passions de Jésus, la passion pour le Père et la passion des frères !

 

n   Elle est la barque dans la tempête ! Faut-il d’ailleurs s’en étonner ? Elle questionnera toujours l’or accumulé des possédants, la violence injuste des puissants, le plaisir des violeurs, la science sans conscience des savants et même l’hypocrisie possible des priants. La barque n’a pas fini d’être secouée… Dans la tempête, on ne la quitte pas, on souque ferme… en sachant, faut-il le rappeler, que Celui qui semble y dormir tranquillement ne dort que d’un œil !!

 

 

X François GARNIER

Archevêque de Cambrai



[1] Dans l’Évangile de la vie, Jean-Paul II nous a dit : « Les choix contre la vie sont parfois suggérés par des situations difficiles ou même dramatiques de souffrance profonde, de solitude, d’impossibilité d’espérer une amélioration économique, de dépression et d’angoisse pour l’avenir. De telles circonstances peuvent atténuer, même considérablement, la responsabilité personnelle et la culpabilité qui en résulte chez ceux qui accomplissent ces choix en eux-mêmes criminels. » N° 18 de la Lettre Encyclique.

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Article écrit par Secrétariat DIOCESAIN    Publié Jeudi 16 avril 2009 -     - 805 visites
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